« Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. »

Jean Malaurie

Le blog de nanouk

Aksaq!

La vie parfois vous fait de drôles de cadeaux...

C'était la pleine lune cette nuit, une nuit propice à la communication avec les êtres du second monde... Alors quand vos rêves vous montrent un petit chien vu la veille et vous donnent jusqu'à son nom, vous n'avez pas d'autre choix que de l'adopter.

Bien sûr, dans mon rêve, il s'appelait Muwin, mais nous avons choisi de le traduire en inuktitut. Cette frêle boule de poils affamée s'appelle donc Aksaq (ours noir, prononcez Akchak). Même Thémis lui a fait bon accueil.

J'ai rencontré Carla

Je crois que j'ai trouvé où Siriniq se cache durant l'hiver - même s'il paraît que le début Janvier a été terriblement froid à Cuba...

Un beau jour de notre semaine de séjour, nous avions décidé de nous offrir le luxe d'une journée en catamaran. Nous n'étions pas les seuls. La journée s'annonçait idéale. Siriniq avait décidé de nous accompagner. Je riais des mouettes qui suivaient gaiement notre bateau en criant, tandis que, sous l'eau, des poissons multicolores dansaient pour nous souhaiter la bienvenue... mais je me réjouissais surtout parce que j'avais rendez-vous avec Carla.

Dès que je l'ai vue, je n'ai pu que succomber à son charme. Car si Carla n'est plus vraiment jeune, elle est belle, sa peau est douce et lisse, son sourire enjôleur, sa voix fluette et douce. Bien sûr, il y a quelque chose de triste dans son regard, et on devine qu'elle aimerait mieux profiter des grands espaces que de parader et faire montre de tout son talent devant nos yeux ébahis.

Je l'ai touchée, elle m'a même fait la bise de sa façon un peu gauche et j'ai admiré son agilité dans l'eau. Et c'est avec tristesse que j'ai dû la laisser, animée du sentiment doux-amer d'un contact avec un être unique et subtil, malheureusement enfermé pour le plaisir des hommes.

Absence

Cher improbable lecteur,

Je m'en vais en ouacances au soleil (enfin j'espère) en passant par Mourial, histoire d'amoindrir le choc thermique (un joli 60 degrés de différence prévu entre ici et Cuba)(une grosse pensée pour leurs voisins haïtiens), donc je ne pourrai vraisemblablement pas tenir ce blog à jour - et je n'ai pas eu le temps de te préparer de petits posts à réchauffer en arrivant...
Donc ce blog entre en hibernation provisoire.

Retour d'hibernation prévu le 27. En attendant, vamos a la playa!

Laisser le temps au temps

D'après le calendrier, l'hiver commence fin décembre. D'après mon calendrier personnel, il a commencé bien avant, à la première neige, à la fin octobre. Mais son arrivée s'est étalée sur des mois. Tel un enfant timide, il s'est fait longtemps désiré et ce n'est que ces dernières semaines qu'il s'est réellement installé, dans son manteau de froidure, alternant vent et soleil.

La plage est gelée depuis quelque temps déjà, plusieurs couches de neige ont recouvert le sable et, au gré des gels et dégels de ces premiers mois d'hiver, se sont transformées en autant de couches de glace. On aperçoit au loin la rivière qui, encore libre en son milieu, charrie de gros blocs de glace qui filent à pleine vitesse vers la baie d'Ungava.

Et je suis devant ma vie comme je suis sur cette plage. Une vaste étendue gelée par l'attente gît à mes pieds. L'attente d'un appartement, l'attente d'un bref retour au Sud, l'attente des vacances, l'attente de la liberté. Il m'est impossible de franchir la plage en toute sérénité, le terrain est inégal et dangereux les jours de redoux. Au loin s'agite la foule des 1001 projets au gré du courant. Là-bas non rien n'est stable, à bien réfléchir. Il est donc inutile de se presser.

Alors comme l'ami Aiviq, il me faut faire preuve de patience. Attendre tranquillement que les conditions soient bonnes pour, enfin, me jeter à l'eau. Tout vient à point à qui sait attendre.


(ceci est un cadeau que Chéri m'a rapporté de Salluit, je le trouve magnifique avec son petit visage si expressif)

En attendant que les choses bougent, je m'envole donc vers le Sud, direction Cuba! À bientôt :)

Bonne Année

Bonne santé...
et comme aurait ajouté ma grand mère, fouille ta poche pour me donner!

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2010 à tous :)

L'effet madeleine

Dans une ville où les seuls loisirs modernes sont le bar - que je ne fréquente pas - et le cinéma - qui ne passe que des films commerciaux -, et où par ailleurs la majorité des habitants ont gardé un pied bien ancré dans la tradition, autant en profiter pour se replonger soi-même dans le passé.

Ce plongeon a commencé par une peau de phoque. Bien sûr, je n'avais jamais manipulé de peau de phoque de ma vie, mais sa douceur évoque les plus beaux nounours de mon enfance et son odeur soulève je ne sais quel souvenir issu de mon inconscient collectif. Avec un peu d'application et d'habileté, la peau de phoque s'est rapidement transformée en pualluk. Mes premières, et je ne suis pas peu fière du résultat.

Mais je ne me suis pas arrêtée en si bon chemin. Depuis mon arrivée ici, j'étais intriguée par les jolies tuques que portent les Inuits, les nassaks. Alors, lorsque j'ai appris qu'ils étaient crochetés, j'ai décidé de tenter l'expérience. Il y a environ un quart de siècle, ma grand-mère a passé de longues heures à nous apprendre à faire du tricot et du crochet. Autant je détestais le tricot, autant j'aimais le crochet, sauf que la plupart des ouvrages au crochet me semblaient d'une ringardise abominable - le nassak ne pouvait donc pas mieux tomber. Il m'a fallu de longues heures pour trouver le point, la façon de progresser et retrouver le geste si simple et pourtant inimitable du crochet, mais j'ai pris un plaisir fou à faire un nassak pour mon chéri (il lui manque un pompon et le motif n'est pas vraiment traditionnel, mais c'est le choix du principal intéressé).

Et pendant la petite semaine que ça m'a pris à le faire, chaque soir où je reprenais mon ouvrage, tandis que mes mains manipulaient la laine de façon automatique, mes pensées voguaient vers une petite maison carrée dans son jardin propret de banlieue avec son grand cerisier et son portail bleu, et vers la petite madame au visage jovial qui l'habitait et qui m'a appris le crochet - entre autres, car je lui dois beaucoup. Douce nostalgie.

Like magic

Que faire un 25 décembre à Kuujjuaq?
Pour un Kuujjuamiuq, la réponse est évidente: aller au Candy Drop!

Depuis les années 1970, le légendaire Johnny May (légendaire, car il compte plus de 135 000 heures de vol et qu'il est sans doute le meilleur pilote de la région. C'est bien connu, quand il dit qu'il ne décolle pas, aucun autre pilote ne prendrait le risque de décoller), le légendaire Johnny May donc, a lancé une tradition maintenant bien ancrée. Tous les 25 décembre après-midi, il survole le village à basse altitude, et, tel le père Noël, vide sa hotte au-dessus des habitants ébahis qui se précipitent pour être les premiers à attraper ces présents tombés du ciel.

Curieux, nous faisons comme la quasi-totalité du village, nous nous rendons au Candy Drop. Par chance, le soleil est au rendez-vous - le froid aussi du coup, il fait dans les -15°, sans le moindre vent.

L'avion commence par faire quelques passages au-dessus de la foule pour régler sa trajectoire et sa hauteur. C'est le moment de faire des photos, car tout à l'heure, ce sera la cohue.

De fait, quelques passages plus tard, le voici qui commence à lancer sa cargaison. Tout le monde guette sa trajectoire avec impatience. Et comme le pilote est un farceur, il lui arrive souvent de dévier tantôt à gauche, tantôt à droite. Les jeunes se mettent alors à courir le plus vite possible dans la neige - voire dans la glace - pour être le premier sur les objets qui tombent. Le plus étonnant est que malgré la cohue, l'ambiance reste bon enfant. On en voit même serrer la main de celui qui a été le plus rapide sur un gros présent. Car contrairement à ce que son nom semble indiquer, de très beaux cadeaux de valeur figurent dans la hotte du père Noël, comme des peaux, des manteaux, et même des billets d'avion.

Nous nous sommes aussi pris au jeu. C'est follement amusant de courir dans la neige et de se précipiter à terre pour attraper un petit quelque chose. De vrais gamins! On en oublie d'ailleurs les doigts et les orteils qui piquent tant il fait froid. Chéri, beau joueur, laisse un cuir à un jeune qui l'a attrapé en même temps que lui, et notre butin est somme toute assez maigre, mais peu importe, nous avons passé deux heures à jouer comme des enfants dans la neige et nous en avons tiré un plaisir qui n'a pas de prix.

À Kuujjuaq, le père Noël s'appelle Johnny May et il nous a offert une magnifique après-midi de divertissement et de bons souvenirs.

Joyeux Noël à tous!

Commentaires

Apparemment, mon filtre anti-pourriel laissait les commentaires sur la touche hier. Je n'ai pas trouvé d'où venait son problème, il semblait prendre tout le monde pour un vilain, mais rien dans ses configurations ne justifiait une telle confusion...
J'ai donc changé de filtre et adopté un nouveau système, qui devrait vous laisser commenter à votre guise - en vous demandant éventuellement un capcha en cas de doute sur la pertinence de votre commentaire.
J'espère que les problèmes seront ainsi résolus.

La Bavarde

Je n’ai jamais eu le don de la parole. Ça s’est su très tôt, quand à deux ans bien sonnés, je refusais de sortir des dix mots qui me servaient de vocabulaire. De toute façon, mes besoins étaient généralement satisfaits, et j’avais une grande sœur qui se faisait l’interprète de mes désirs. Dans ces conditions, pourquoi chercher plus loin?

J’ai bien sûr dû apprendre à m’exprimer, mais l’oral reste un art pour moi difficile. Même dans la conversation courante, je reste bien souvent muette, n’ayant rien à ajouter de pertinent. Je ne sais pas deviser de choses et d’autres, encore moins du ton badin que les gens affectionnent. Il m’est difficile, voire impossible, de parler de moi. Je n’ai bien sûr pas les compétences pour parler des autres. Restent les sujets de conversation neutres, mais comme discourir de la pluie et du beau temps m’ennuient généralement et que ce qui m’intéresse ennuie tout aussi généralement les autres, les sujets sur lesquels il m’est possible d’avoir une conversation fluide et naturelle sont somme toute assez réduits. Alors je laisse les autres parler. C’est d’ailleurs souvent vers moi que l’on se tourne lorsqu’on a besoin d’une oreille attentive, car si je ne sais pas m’exprimer, je sais écouter.

La Bavarde manifeste d’ordinaire la même absence de volubilité. Elle intervient peu dans ma vie quotidienne, et rarement à mauvais escient. Comme moi, elle semble préférer la discrétion. La plupart du temps, c’est une interlocutrice agréable, qui se contente de reprendre certains points ou d’insister sur d’autres. Bien sûr, il lui arrive parfois d’essayer de faire dévier le cours de mes pensées pour m’entraîner loin de ce qui m’occupe, c’est son rôle de Bavarde, mais en général, un petit rappel à l’ordre lui suffit et elle me laisse de nouveau en paix. J’avoue que lorsque je ne travaille pas, il m’arrive même de la solliciter, car j’aime lorsqu’elle me ramène sur les chemins de l’enfance. Alors je l’appelle et je lui lâche la bride, et voilà le flot de paroles qui va, court et s’envole, et me ramène à des impressions et des souvenirs que je croyais oubliés. Que j’aime quand elle me rappelle ces moments de douceur…

Mais voilà que ce soir, la Bavarde caracole et s’emballe. J’ai beau essayer de l’arrêter, elle m’entraîne avec elle sur les chemins de l’égarement. Te souviens-tu, me dit-elle menaçante, te souviens-tu? Et la voici qui fouille ma mémoire à la recherche de ce qui s’y cache de plus accablant et que défile derrière elle un cortège de tristesse, de tourments, d’angoisse même. Et d’y ajouter des projections d’avenir tout aussi peu engageantes que les noirs souvenirs qu’elle agite. Mes pensées vont vite, j’ai à peine le temps de saisir un fil que toute une pelote de sombres sentiments s’enroule autour de moi. Je me débats et tente encore de la raisonner, il est inutile de brasser de noires pensées, l’inquiétude ne nourrit que l’inquiétude, je refuse de me laisser porter par un flot de tristesse, à chaque jour suffit sa peine, demain est un autre jour, patience et longueur de temps... Mais la Bavarde galope, je ne sais plus la rappeler sur les chemins de la sérénité. Et j’ai beau me boucher les oreilles, elle fait tant de bruit qu’il m’est impossible de l’ignorer.

Ce soir, j’ai perdu la bataille. Alors je laisse la Bavarde s’en donner à cœur joie. Je sais que seul l’épuisement de ses vaines paroles me permettra de dormir.

(J'ai emprunté l'expression "la Bavarde" à mon ami Moukmouk, mais j'aime beaucoup le terme, qui est si juste)

La tête dans les nuages

Hier Y. nous a invité chez lui, histoire de nous donner ses dernières recommandations avant de partir dans le Sud, et oui vous pouvez utiliser la laveuse (la nôtre a rendu l'âme la semaine passée et le responsable de la maison en voulant à Chéri pour une raison obscure, il est parti en congé en nous laissant dans notre linge sale), n'oubliez pas les chats, et pensez à arroser les bonsaïs tous les 2 jours...

Ce matin, Chéri a donc du se lever à l'aube pour enregistrer Y. et T. à l'aéroport avant de les ramener en ville. Car ici, on enregistre ses bagages et on revient quelques heures plus tard pour prendre l'avion, inutile de rester à s'ennuyer dans notre minuscule (mais élégant) aérogare.
Vers 13h45, Y. appelle donc Chéri pour qu'on les accompagne. Le temps d'embarquer Nanuk et nous voici à l'aéroport... 15 minutes avant le départ, tout le monde est déjà en train d'embarquer. Pris un peu de court, Y. fait contrôler la cage de sa chienne et la confie à un steward. T. est en panique. Il a oublié sa carte d'embarquement chez lui! Le steward en émet donc une nouvelle.

Finalement, tout ce petit monde embarque et l'avion s'apprête à s'envoler, et nous à partir. Je m'arrête un instant pour regarder le bel aileron de l'avion quand je lance un innocent : «Y. t'a donné ses clefs?» à Chéri. Damned! Il a oublié. Nous nous précipitons donc au comptoir pour la 3e fois en quinze minutes demander si c'est possible de contacter Y. Et voilà le gentil steward qui court vers l'avion récupérer les clefs de notre étourdi pour que nous puissions remplir notre mission de gardiens de chats et de bonsaïs...

Y a quand même des avantages à habiter un petit village du Nord, j'image mal la même scène dans un gros aéroport international.