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La mère parfaite

« Quand on est une bonne mère, on sait tout pardonner »

Emile Zola (…mais sait-on se pardonner à soi-même ?)

Parfois, souvent… Ils me font sortir de mes gonds… C’est fou, on a beau les aimer, c’est notre chair, notre sang, on irait arracher des têtes pour leurs beaux yeux, on ferait mille cabrioles pour les faire sourire… Mais parfois on les étriperait bien !

Face aux cris, à la mauvaise humeur d’un lever difficile, aux crises de nerfs, à la difficulté de communication… Je me sens si souvent démunie. Je perds mes moyens, je sors de moi-même, je peux dire des choses que je regrette ensuite… Non, tout n’est pas beau, rose tous les jours. Oui, parfois, au fond de moi, dans le désespoir de ne pas les comprendre, dans l’obscurité de ces luttes sempiternelles, je me perds, je m’oublie, je deviens tigresse, lionne, pauvre folle…

J’écris avec la sincérité du cœur, ce cœur qu’ils m’ont volé, ce cœur qui bat pour eux, mais qui parfois saigne de ces pleurs et ces hurlements d’enfants agacés, égo-centrés, fatigués, affamés, ennuyés, … Ces jolies photos, ces images bercées de beaux rayons de soleil et de visages sereins, ça n’est pas toujours ça, notre quotidien… Il faut bien le dire, être parents, c’est aussi se perdre, se tourmenter, souffrir en silence… Se poser mille questions, se ronger les sangs, les ongles, se laisser grignoter par les petits tourments…

Et que dire de cette fatigue accumulée, de ces matins précipités, de ce temps qui file et roule entre nos doigts, de ces frustrations qu’on ravale et qu’on accepte parce qu’il le faut bien ? Non, ce n’est pas toujours simple, fluide, liquide… On se retrouve, on se redécouvre, on se réinvente à travers leurs yeux, mais on s’y perd aussi, on y perd notre tête, notre verbe, notre corps, on devient parfois dur, usé, on tranche, on casse… Les engrenages du maternage nous font, nous défont et nous brisent… Mais ils sont notre mécanique, ils forment maintenant nos tripes…

Je me perds, parfois, le matin, ou le soir, sur le bord du chemin de mon quotidien, je me perds, je m’efface, je ne suis plus celle que je suis, ou que je souhaiterai être, celle que j’imaginais, celle que je glorifiais… La mère parfaite, la mère douce et enveloppante, la mère qui jamais ne prononce un mot plus haut qu’un autre, celle qui ne lance pas de flamme avec son regard, celle qui chantonne même quand tout va mal… La mère parfaite est morte sur le bord de mon chemin de vie, elle est remplacée par ce que je suis… Une autre mère est née, là où la parfaite gisait…

Ce que je souhaite dire, avec ces mots sincères, c’est qu’on ne peut être celle qui n’existe pas, on ne peut être la mère parfaite… On ne peut être que nous ou plutôt nos multiples je, ce qui nous façonne et nous donne nos couleurs… Parfois on est rouge, feu brûlant et volcanique, on crache la furie d’un ras-le-bol qui nous aveugle, parfois on est rose et on retrouve un peu de ce petit bout de nous qu’on aime tant, parfois on est noire, parfois bleue, parfois jaune…

Il faut accepter de ne pas être celle qu’on avait rêvé, accepter qu’on est une poupée russe, qui cache et cache encore, sans fin, les failles de notre identité, ses fêlures et ses beautés, le meilleur comme le pire de ce que nous sommes, car avec nos enfants malheureusement, on a bien du mal à tricher, à cacher, à ravaler nos êtres profonds qui brûlent tous pour eux, dans nos entrailles…

La mère parfaite qui câlinait mes songes est morte quand je suis devenue mère, j’ai enfilé tous les vêtements et toutes les couleurs qui couvrent mon âme pour affronter la vie. C’est dur, parfois, d’accepter qu’on échoue, qu’on se trompe, qu’on fait mal… Se pardonner et apprendre et tout recommencer, encore et encore… Jusqu’à se rapprocher, non pas de la mère parfaite mais de nous-même, et pour s’aimer, afin de mieux les aimer.

2 commentaires

  1. Arnaud florent a dit :

    Très belle réalité sans façade ni filtre

    1. Merci beaucoup pour ce compliment 😉

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