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Les trésors…

« Ce n’est pas la distance qui mesure l’éloignement »

Antoine de Saint-Exupéry

Jamais, quand on vit une naissance, on peut vraiment envisager que la seconde sera différente…

Comme on peut être naïve et se construire des projections d’après son vécu, alors que chaque épisode de notre vie varie selon les conditions, notre état d’esprit, les aléas…

Voir ses enfants naitre et déjà être arrachée à eux parce qu’ils doivent aller en néo-natalité, bizarrement, je ne me l’étais pas figuré. Pourtant cela semble une option évidente, quand on attend des jumeaux…

On voudrait toujours, quand ça a été sublime, revivre les instants vécus. Mais il faut apprendre à avancer, et comprendre que chaque naissance est différente, et ne sera jamais une redite de la précédente.

Encore maintenant, ce choc qui m’a profondément marquée me revient en plein visage. « Mais pourtant ils vont bien, ils ont bien grandi, ils n’ont pas dû aller en réanimation, ils n’ont jamais été en grande souffrance… ».

Oui, certes. On ne peut pas vraiment comprendre pourquoi cela a été si dur, si percutant, si déchirant. Et on met du temps aussi à constater à quel point cela l’a été. Mais au fond, tout ce gros bouillon d’émotions trop intense à avaler en une fois a toujours été là, stagnant, prêt à ressurgir par flopées.

Parce que, comme tout le monde, on a minimisé, et on a décidé qu’il fallait avancer, voir le positif. Et heureusement, dans un sens. Mais on peut le dire, on peut l’écrire, on peut le dessiner… Ces sentiments ont bien existé, cette détresse a réellement fait son nid un jour, cette anxiété a vraiment recouvert mon bonheur un instant…

Pourquoi maintenant, pourquoi après, pourquoi bien plus tard ? Il y a une grande révolution dans le cœur et le corps d’une maman quand nait un (ou deux) enfant(s). Un tsunami géant enseveli les perspectives, les attentes, les idées reçues… Il faut bricoler et construire avec les petits bouts qui surgissent de nos expériences au jour à jour.

Jamais je n’oublierai ce temps de l’attente et de l’espoir, où chaque gramme compte, où chaque geste a la légèreté d’un papillon, et la précision d’une araignée, tous ces actes vitaux faits avec tant de grâce et de douceur.

Jamais je ne pourrai oublier les personnes de ce service de soins pour prématurés, ces femmes et cet homme si dévoués, patients, minutieux, avec leurs doigts d’orfèvres manipulant ces petits bijoux dotés de la vie.

Dans cette expérience, il y a eu de la beauté. Beaucoup de beauté. Car elle était la matérialisation de ce que l’humain porte de précieux et d’honorable en lui. Et les seuls à pouvoir révéler ces trésors enfouis, ce sont les enfants.

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