Émotions & Sentiments Poésie

Sirène

Le pêcheur tissait ses filets immenses

Avec les cheveux de sa belle endormie.

Il passait toutes ses nuits assis

À entortiller les filaments soyeux

Qu’il faisait amoureusement glisser

De doigt en doigt, avec maîtrise.

Les enchevêtrements se prolongeaient tard

Jusqu’à murmurer l’éclosion de l’Aurore.

De nœud en nœud, de nuit en nuit,

La trame des caresses faisait naître

Une prison nacrée pour êtres écaillés.

On ne vit jamais aux alentours

De port en port, de pêche en pêche,

Aucun homme remonter des abysses

Tant de poissons entremêlés et piégés.

Mais la mer sait cacher des mystères,

L’eau parfois se recule et fuit,

Ou arrache les mats des plus beaux navires.

Ce fut ainsi qu’un soir de mai,

Le marin aux mains fines trembla,

En découvrant sa sirène sans souffle.

Plus jamais une créature ne frétilla

Dans les filets troués du tisserand.

On le retrouve un matin de juin

Gisant sur le sable, une nacre au poing.

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