Le blog

Un peu d'art...

Voilà deux jours que Chéri ne part pas à Salluit (comprenez: il doit faire demi-tour en cours de route pour raisons météorologiques), et qu'il dort donc à la maison alors qu'il est censé dormir presque sur le toit du Nunavik.
Deux jours qu'il passe en grande partie à Kangiqsujuaq, un petit village de 600 âmes niché dans une vallée au creux des montagnes et point d'accès au célèbre parc des Pingualuit (une excursion que j'aimerais faire si on reste cet été).

L'occasion pour lui d'acheter de l'artic char fumé localement et de me montrer des photos du magnifique hôtel du lieu.
Dont celles de ce magnifique fanon sculpté.
Je ne me lasse pas de l'art inuit.

Petites différences...

Il existe ici une multitude de petites différences de mœurs et, par certains aspects, les Inuit me rappellent définitivement l'Asie :
Ils mangent assis au sol
Ils se déchaussent en entrant chez quelqu'un
Ils laissent leur porte extérieure ouverte lorsqu'ils sont là (et prêts à accueillir quelqu'un)
Ils ne frappent pas aux portes (mais entrent directement et vous parlent)

Et parmi les petites choses qui pourraient heurter les occidentaux que nous sommes, si jamais vous n'êtes pas la personne attendue, ils ne demandent pas à parler à machin chose, non, non, ils demandent systématiquement "Who am I speaking to?", sans prendre la peine de se présenter eux-mêmes. Il y a probablement derrière cette question toute une différence de conception des rapports sociaux qui m'échappe un peu, et, quand on y réfléchit, il n'est sans doute pas plus impoli de s'informer de qui vous êtes sans s'être présenté que de considérer que vous êtes tout juste bon à passer le combiné au machin chose en question comme le font généralement les occidentaux, mais j'avoue que la question me laisse toujours dubitative, parce qu'elle n'est pas dans mes habitudes.

Encore plus quand ce n'est pas au téléphone que ça se produit, mais que c'est bien le gars qui vient d'entrer chez moi sans frapper qui me la pose et qui tourne les talons quand il comprend que je n'ai aucun lien avec la personne qu'il cherche.

Danser avec les esprits

« Je veux aller courir », dit Petit-Ours, qui comme tous les soirs, manifeste son besoin de se dépenser.
Alors, nous prenons manteau, pualluk et nassak et sortons dans l'hiver glacé du Grand Nord. Heureusement, il ne vente pas, mais tandis que l'on entend la neige - est-ce encore de la neige? ou de la glace? - crisser sous nos pieds, nous sentons aussi le froid nous piquer les joues, le nez et les lèvres.
Bientôt Petit-Ours porte un bouc blanc qui lui donne l'air d'un vieux sage, lui qui n'est encore qu'un jeune chiot agité.
La nuit est belle, noire, sans nuage. Les étoiles nous saluent, le marcheur de la nuit se cache encore derrière les collines, mais il viendra plus tard, encore une fois de fauve vêtu.
Mais Petit-Ours a froid - un chien du Nord, vraiment? -, il veut rentrer. Alors nous faisons demi-tour.
Et tandis que nous traversons la rivière, voici que les esprits dansent pour nous.
Est-ce une illusion, ou les ai-je aussi entendus chanter?

Qu'il est difficile de résister à la tentation de danser avec eux!

De la logique

Chère madame monsieur mon client,

Je suis d'accord que ton CV il est long comme un jour sans pain et que donc plein de recruteurs le trouveront sûrement très beau et très complet et qu'avec ça tu vas te trouver un poste aux petits oignons, une jolie planque où tu pourras draguer peinard la secrétaire, pardon, l'adjoint(e) administratif(ve), et que tu seras sûrement payé(e), ouh là, j'ose même pas imaginer combien, mais probablement beaucoup plus que mon misérable salaire de traductrice que j'ai pas la chance d'occuper un poste de direction, que tu as de quoi te réjouir, mais je veux pas critiquer, hein, mais y a comme une incohérence dans ton CV, oh, toute petite, si minuscule, m'enfin quand même...

Language skills
English Fluent
French Fluent

Tu peux me dire pourquoi tu fais appel à mes services pour traduire ton CV, alors?
Enfin, moi je dis ça, je dis rien, hein.

Bis repetita placent

Parce qu'ils n'y a pas que les beaux matins, il y a aussi les belles soirées.

Nous allions vers la plage quand le marcheur de la nuit a surgi derrière les arbres, tout de fauve vêtu. Alors, ni une, ni deux, nous faisons demi-tour pour aller chercher la caméra. Malheureusement, le temps de revenir et de sortir le matériel, il était déjà plus haut et moins fauve.

Pas grave, il nous a quand même offert un beau spectacle.

Les beaux matins

L'avantage d'avoir un chien à la petite vessie, c'est qu'on doit le sortir à toute heure du jour et de la nuit. Et qu'on profite de spectacles rares, des aurores boréales aux levers de soleil.
Parfois, même, on pense à prendre sa caméra.

Dies Irae

Il parait que je vous dois un nouveau billet.

Dix jours que je n’ai pas posté. Dix jours de fatigue, de colère, de lassitude.

D’ordinaire, je suis relativement imperméable à la mesquinerie de mes congénères, mais trop d’événements font que… En venant dans le Nord, je me pensais quelque peu à l’abri de la bassesse humaine – quelque peu, car on sait que dès que l’on entre dans le commerce des hommes, on s’expose à la bassesse, à l’égoïsme, à la déception – mais j’ai eu plusieurs fois l’occasion de déchanter cette semaine et moi qui croyais avoir atteint une sorte de sérénité, le doute m’a envahie.
Si bien qu’en ce jour de fête (il paraît que je dois me réjouir d’avoir un âge que le christ n’aura jamais atteint), les seules paroles qui me viennent à l’esprit sont des vers de Baudelaire, qui comme toujours, bercent si bien mon mal-être :

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Heureusement, lorsque j’ai sortie mon chiot ce matin, Siriniq m’a offert un beau spectacle de bleu et de rose sur les collines et la rivière, tandis que des oiseaux que je n’ai pas su reconnaître entonnaient un chant de fête à demi-murmuré – je m’étonnerai toujours de la discrétion des oiseaux d’ici, tant je suis habituée aux oiseaux des villes, qui doivent hurler pour se faire entendre.
Et parmi ceux qui sont venus susurrer ce discret chant d’amour se cachaient des humains, venus mettre un peu de baume sur mon cœur.

Je l’ai pris comme promesse que sur ce sol lavé comme une grève pousseront à nouveau de juteux fruits vermeils.
Merci pour vos gentils mots.

Les voisins

Autrefois, j’ai eu une voisine qui jouait du piano. Elle jouait toujours La lettre à Élise, qu’elle n’a pas réussi à me faire détester, malgré ses sempiternelles fausses notes toujours aux mêmes endroits. J’ai eu des voisins qui montaient ou descendaient l’escalier bruyamment à toute heure du jour ou de la nuit. J’ai eu des voisins qui passaient saouls sous mes fenêtres, ou des bandes de jeunes qui hurlaient en pleine nuit. J’ai eu un voisin toxicomane et une voisine qui rentrait toujours aux petites heures. J’ai eu un voisin qui parlait trop fort et une voisine qui écoutait sa télévision le volume à fond jusqu’à l’heure où je devais me lever.

Autrefois, j’ai eu de nombreux voisins fatigants, pour ne pas les insulter davantage.

Aujourd’hui que mon appartement se situe dans une bâtisse de 4 logements, coincée entre deux collines où poussent des épinettes noires, j’ai toutes sortes de voisins intrigants. Il y a bien sûr la foule des chiens errants (d’autant que notre nouveau compagnon les attire), et puis Tulugaq qui survole le village de ses larges ailes noires et puissantes. L’autre jour, j’ai aperçu Ukaliq tout de blanc vêtu qui se frayait un chemin en sautillant entre les arbres. Et puis, cette semaine, Qupanuarjuaq est venu me saluer. Je n’ai pas encore vu Aqqigiq dans le coin, pourtant ma rue porte son nom, mais c’est peut-être ma faute, une perdrix blanche sur la neige, ça ne se voit pas bien. Il parait aussi que le puissant et dangereux Amaruq rode en meute autour du village, surtout par les températures qu’il fait. Comme je suis presque à la frontière, peut-être que je j’apercevrai son beau pelage au printemps…

Autrefois, j’ai eu des voisins que j’avais tendance à éviter. Aujourd’hui, j’ai des voisins que je suis toujours impatiente de recroiser. Et c’est un réel plaisir.

Aksaq!

La vie parfois vous fait de drôles de cadeaux...

C'était la pleine lune cette nuit, une nuit propice à la communication avec les êtres du second monde... Alors quand vos rêves vous montrent un petit chien vu la veille et vous donnent jusqu'à son nom, vous n'avez pas d'autre choix que de l'adopter.

Bien sûr, dans mon rêve, il s'appelait Muwin, mais nous avons choisi de le traduire en inuktitut. Cette frêle boule de poils affamée s'appelle donc Aksaq (ours noir). Même Thémis lui a fait bon accueil.

J'ai rencontré Carla

Je crois que j'ai trouvé où Siriniq se cache durant l'hiver - même s'il paraît que le début Janvier a été terriblement froid à Cuba...

Un beau jour de notre semaine de séjour, nous avions décidé de nous offrir le luxe d'une journée en catamaran. Nous n'étions pas les seuls. La journée s'annonçait idéale. Siriniq avait décidé de nous accompagner. Je riais des mouettes qui suivaient gaiement notre bateau en criant, tandis que, sous l'eau, des poissons multicolores dansaient pour nous souhaiter la bienvenue... mais je me réjouissais surtout parce que j'avais rendez-vous avec Carla.

Dès que je l'ai vue, je n'ai pu que succomber à son charme. Car si Carla n'est plus vraiment jeune, elle est belle, sa peau est douce et lisse, son sourire enjôleur, sa voix fluette et douce. Bien sûr, il y a quelque chose de triste dans son regard, et on devine qu'elle aimerait mieux profiter des grands espaces que de parader et faire montre de tout son talent devant nos yeux ébahis.

Je l'ai touchée, elle m'a même fait la bise de sa façon un peu gauche et j'ai admiré son agilité dans l'eau. Et c'est avec tristesse que j'ai dû la laisser, animée du sentiment doux-amer d'un contact avec un être unique et subtil, malheureusement enfermé pour le plaisir des hommes.