
Toute ma vie, il me semble avoir lutté contre la loi du fort, du moins telle qu'elle s'applique dans nos sociétés.
Autant le struggle for life darwinien ne m'a jamais trop dérangée - parce qu'il est dans l'ordre des choses -, autant j'ai toujours trouvé injuste que des gens qui sont les plus forts en général juste parce qu'ils sont nés au bon endroit au bon moment se permettent d'écraser voire d'affamer les autres sans aucun sens moral ou presque.
Petite, on m'a dressée à coups de liberté, égalité, fraternité et autres les hommes sont libres et égaux en droit et je dois bien avouer que ces idées font partie de mes credos principaux. J'ai donc du mal à comprendre des phénomènes aussi répandus que le raciste ou l'ultra-libéralisme et j'ai souvent participé à des actions visant à défendre les droits des plus faibles. J'estime que l'humanité devrait être au-dessus de ça...
Mais voilà... Voilà qu'aujourd'hui, je me trouve, presque par hasard, dans la peau du plus fort. Je dis presque par hasard, parce que j'y suis quand même pour quelque chose.
Il se trouve que dans mon entreprise, tout n'est pas rose. Il se trouve aussi que mon équipe est, d'assez loin, celle qui récolte les meilleurs résultats: peu de clients mécontents et excellent rendement. Par ailleurs, depuis que je suis devenue la traductrice attitrée d'un certain client, ce client n'arrête pas de nous bombarder de travail, preuve qu'il est satisfait de moi. J'estime donc avoir ma part de mérite dans les bons résultats de mon équipe (de toute façon on n'est que quatre, difficile de nier de le mérite de chacun d'entre nous), même si par ailleurs, je n'ai pas le sentiment d'être exceptionnelle, juste de faire ma job correctement. J'en tire tout de même une certaine fierté: ça me flatte l'ego de savoir que je suis parmi les meilleurs.
Il se trouve aussi que depuis quelques semaines, il y a un nouveau dans l'équipe. Et soyons honnêtes, ce nouveau, malgré des efforts certains, n'est pas à la hauteur de ce qu'on attend de lui: non respect des consignes, lenteur épouvantable et parfois faible compréhension des textes qu'il traduit... Il va d'ailleurs certainement devoir prendre la porte avant la fin de sa période probatoire.
Et, quand je prends un peu de recul, j'avoue trouver horrible la façon dont je pense you are the weakest link, goodbye, avec tout le cynisme, l'arrogance voire le mépris qu'il peut y avoir dans ce genre de pensée, sans grande considération pour l'autre...
« La justice sans la force est impuissante: la force sans la justice est tyrannique » disait Pascal.
Et voilà qu'aujourd'hui je m'aperçois à quel point il est difficile de concilier les deux, même pour moi, qui d'habitude me vante de ma capacité à ne pas condamner gratuitement...
Dois-je en déduire que l'ego est finalement plus fort que les principes?
J'aurais honnêtement préféré que ce soit l'inverse.
Commentaires
le prédateur
Compte tenu de mon humilité légendaire, je dirais que j'ai des belles pages sur le sujet dans mon blog, et je pense que je vais te faire un petit courriel pour t'en faire lire. Mais Il n'est pas question dans ton texte de la loi du plus fort, mais du rôle du prédateur.
Le prédateur est au service de sa proie, le loup protège le troupeau en éliminant les malades et les faibles. Je le dis souvent, si le loup courrait plus vite que le caribou, il n'y aurait plus de caribous donc plus de loups. C'est une question d'équilibre qui démontre qu'il n'y a pas de vraiment plus fort. Quand il en apparait un, rapidement en 10 ou 20 générations, il détruit son milieu et meurt de cette destruction... et c'est ce qui arrivera à l'homo pas vraiment sapiens.
Si le faible de ton équipe n'est pas éliminé, toute l'équipe le sera peu importe les qualités individuelles, parce que quelque soit l'effort des meilleurs se sont les mauvais résultats dont on se souvient et pas des bons, qui sont considérés comme la norme.
Et l'humanité alors ?
Mais notre humanité n'est elle pas justement le fait de soigner les malades et les faibles plutôt que de les laisser dépérir ?
N'est ce pas cette attitude, contre nature, qui fait de nous des êtres humains et non de vulgaires animaux ?
Même si je suis d'accord avec le fait que ce sont les mauvais résultats et non les meilleurs qui sont en général retenu, devons nous pour autant en revenir aux bons vieux instincts ? Survivre ou périr, tuer ou être tué .. ce qui ne serait d'ailleurs qu'un retour a l'application de la théorie de l'évolution, ceux qui s'adaptent vivent et les autres disparaissent.
A moins que finalement nous ne soyons que des animaux dont la soit-disant humanité n'est qu'un moyen d'arriver a nos fins plus rapidement, plus facilement, avec le moins d'efforts par l'utilisation d'autrui avec néanmoins, comme ici, quelques coups de crocs de temps en temps.
Pef, geek a Princeton
www.openpef.org
Euh
Mais les animaux ne sont pas vulgaires et nous sommes des animaux comme les autres :)
Ce qui me choque dans ma propre attitude et celles de mes collègues, c'est pas l'élimination du faible (malheureusement, la vie étant ce qu'elle est, on ne peut pas se permettre de garder un employé qui non seulement ne fait pas son travail correctement, mais fait aussi perdre leur temps aux autres qui doivent rattraper les dégâts) mais la cruauté et le plaisir que nous avons tous l'air de prendre en le traitant de faible... dont on pourrait effectivement se passer.