
Pour ne pas faire languir Moukmouk trop longtemps...
Iyasik se mit alors à marcher, empruntant un sentier dans la forêt.
- Il existe d’autres réalités, dit-il alors pour répondre à ma question muette. Lorsque le peuple de l’air entendit la malédiction de la sauterelle, notre aîné décida de parler aux animaux…
« Comme nous sommes coupables d’avoir entraînés avec nous la sauterelle, nous acceptons notre part du fardeau, avait-il aux animaux. Nous nous ferons les gardiens de l’homme, pour que sa cupidité ne dévore pas le monde. »
- L’ours avait donc façonné de nouvelles formes d’argile, à l’image de l’homme.
« Puisque l’homme est craintif, avait dit l’ours, vous devrez adopter son corps, et copier ses mœurs si vous voulez vous faire entendre. »
- Ainsi, ajouta Iyasik, mon peuple, qui auparavant était libre comme l’air dont il porte le nom, s’est retrouvé ancré les pieds sur terre, dans ce corps.
Je le regardais. Il avait dit cela avec une espèce de moue contrariée. J’essayais d’imaginer ce que pouvait ressentir un être aussi léger, transparent et silencieux que l’air, virevoltant où bon lui semblait, soudain emprisonné dans un corps comme le nôtre, avec toutes les contraintes qui accompagnent notre état… Impossible de voler désormais…
- Mais comme, contrairement à l’homme, ce corps d’argile n’était pas réellement le nôtre, ajouta Iyasik, nous avons un grand avantage : l’argile est malléable. Nous pouvons donc nous transformer à volonté.
Comme pour illustrer ses dires, il se transforma alors en un magnifique pygargue à tête blanche, s’envolant dans un coup d’aile majestueux. Alors qu’il volait au-dessus de moi, je l’entendais toujours parler.
« Ainsi nous reçûmes le don de communiquer avec vous, sous toutes sortes de formes, pour vous apprendre la beauté du monde, et comment le préserver. Mais tout don se paye, ajouta-il en reprenant forme humaine. Les animaux scellèrent nos âmes à ces formes d’argile et il nous fut interdit d’en sortir, si ce n’est pour nous mêler aux éléments. Il nous fut aussi interdit d’agir directement dans le monde, si ce n’est pour remplir notre rôle de gardiens… Voilà pourquoi, nous habitons généralement une réalité parallèle. »
Commentaires
C'est très beau...
...léger et sage.
Merci
des gens du second Monde.
Oui, tu me dirais que ce conte tient ces racines dans une légende de ceux de la forêt, que cela me semblerait tout à fait cohérent. ce sont nos responsabilités envers la vie qui donne forme à notre existence.
J'aime ça.
Merci
Je ne connais pas assez les légendes de ceux de la forêt, mais oui, bien sûr, ce conte est une tentative de nouvelle légende dans cet esprit là :)