La vie est un long fleuve tranquille...

Portrait de nanouk

Je suis sûre que, vu de l'extérieur, la traduction, ça semble un métier bien tranquille. Ben ouais, a priori, on ne craint pas les crash boursiers, les attentats terroristes, ni les ados boutonneux qui vous sautent à la figure pour un rien. Non, le traducteur, ça ressemble au mec qui se la coule douce devant son pc. Tiens, même que si j'étais traducteur au gouvernement, je ferais mes 1 500 mots par jour entrecoupés de 2-3 parties de démineur puis je repartirais chez nous dès que j'aurais fini, that's it, emballé, c'est pesé.
Sauf que dans la vraie de traducteur non-fonctionnaire, c'est pas vraiment comme ça.
D'abord, tu es soumis à des échéanciers, en général d'autant plus serrés que le client compte de traducteurs payés à se tourner les pouces.
Ensuite, tu es soumis à la dure loi des statistiques.
Bon voyons, voir, la Nanouk elle nous traduit dans les 300 mots à l'heure? Donc un texte de 1 200 mots, ça va lui prendre 4h (ouais, si tu as suivi et que tu es bon en maths, tu viens de comprendre que si je travaillais au gouvernement, je ne travaillerais qu'environ 5 heures par jour, tout en étant payée 20 % de plus, genre). Il est midi? Nanouk, je veux ça pour 16h! Euh oui, mais là c'est un texte de biochimie nucléaire...demande-moi de traduire du chinois, ça me semblera plus facile. Pas grave, la Nanouk se démerde (elle ment un peu aussi, parce que mes gestionnaires de projets, limite ils me donnent plus de dead line, ils savent que je finis toujours avant. Eh ouais, trop la classe).
Après, tu es soumis aux caprices du client. Et laisse-moi te dire que quand tu as un ostie de tabarnak de marchandiseur à la con qui te dit que tu as mal traduit parce que tu traduis "adjustable belt" par "ceinture réglable" au lieu de "ceinture ajustable", tu as envie de lui taper sur le crâne à grands coups de Grevisse, en espérant que quelques notions du français correct lui rentre dedans (le crâne, pas le Grevisse. Quoique...).
Enfin, il y a les journées, où, Dieu seul sait pourquoi, tout va mal. 50 projets qui vont tombent dessus en même temps, à rendre la veille bien entendu. Le projet de 15 000 mots qui se traîne. Et surtout THE merde qui tue sa race.
Allez, Nanouk, une petite relecture de 12 000 mots. Je te donne 4h?
Je sais pas si vous savez, mais relire 12 000 en 4h, c'est déjà un bon rythme (plus de 80 pages quand même!). Mais quand dès la première phrase, on se rend compte que le traducteur n'a pas respecté la terminologie du client, tout de suite on sait que les 4h, le gestionnaire de projet, il peut les oublier (pour rester poli).
D'ailleurs 4 h plus tard, la Nanouk n'était pas allée plus loin que le premier paragraphe, la boss ayant décidé (après être venu lui masser les épaules, eh, ouais, ma boss, elle est comme ça!) de faire retraiter le texte avant de le lui remettre entre les pattes.
Bref, le marathon à la vitesse du sprint est remis à demain.

En attendant, je me console. Je me suis acheté de la bière et des crottes au fromage.