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Et nous rencontrâmes tous un Petit Prince

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent »

Antoine de Sait Saint-Exupéry

Ce soir, à l’aube de mon vingtième jour de confinement, une petite révélation a illuminé mon âme. Dans la peau de l’aviateur pressé et toujours dans l’action, survolant au lieu de se poser pour contempler, nous étions de ceux qui couraient sans jamais prendre le temps. Regarder nos enfants jouer, l’eau d’une fontaine couler, une fleur s’ouvrir… Nous avions tant à faire, et si peu de place pour le superflu.

Puis vint le jour où tout s’effondra. Ou plutôt où tout s’arrêta. A l’image de l’avion qui s’écrase dans le désert par la force des choses, nous entreprîmes un confinement semblant interminable. Le temps, tel un espace sauvage et dépouillé, sans début ni fin, s’étirait à perte de vue. Nous étions enfermés dans notre propre être, nos propres angoisses et questionnements, tels des dunes de sable menaçantes. Nous étions soumis à l’incertitude. Trouverions-nous un peu d’eau au bout de cette aventure ?

La petitesse de notre existence nous apparut en pleine face. Nous ne voyions pas d’espoir… Puis, cette apparente fragilité se mit à nous parler. Nous entreprîmes, dans ce désert, de chasser l’aride pour creuser en nous, vers la source de notre créativité, laissant jaillir notre enfant intérieur. Chacun se réconcilia soudain avec son Petit Prince.

Nous comprîmes, soumis à ce destin qui nous avait amené à nous concentrer sur nous-même et notre environnement direct et restreint, que s’imposer un rythme et lutter pour maintenir équilibre et bien-être au sein de celui-ci était primordial, avant de faire le tour du Monde. A l’image de ce Petit Prince qui retirait de ses terres les baobabs indésirables et ramonait les volcans menaçants, nous entreprîmes de nettoyer notre logis, d’en chasser les intrus, et de créer l’endroit le plus hospitalier qu’il soit.

Nous commençâmes, non par forcément à dessiner des moutons, mais à regarder la réalité avec de nouveaux yeux, à voir au-delà des apparences. Les masques tombaient, les images et les formes devenaient plus complexes, plus riches, chaque petit détail nous paraissait receler un sens tout neuf. Plus que jamais, nous nous rendîmes compte que notre libre-arbitre, notre curiosité et notre esprit critique étaient des outils indispensables pour avancer sur ce chemin, tout comme dans nos vies.

On recommença à discuter de tout et de rien, à entreprendre des voyages intérieurs, à retrouver l’essentiel, à se reconnecter à des valeurs simples et profondes. On entama le même voyage qu’avait, un jour, entrepris le Petit Prince. On survola des planètes lointaines, habitées par des personnes qui ne changeaient pas leur façon de penser et d’agir, enfermées dans leurs propres illusions. Ou peut-être que ces individus n’étaient en fait que des facettes de nous-même, de nos vices cachés, alors mis en lumière ? L’orgueilleux, l’égocentrique, le honteux qui se noie d’addictions pour oublier ou ne pas réfléchir, l’égoïste qui ne pense qu’à posséder et amasser, l’allumeur de réverbère ou celui qui obéit à une loi, une consigne, en ne sachant même plus pourquoi il fait cela…

En se retrouvant perdu loin de nos ancrages, sans eau pour étancher notre soif, qu’allions-nous donc devenir ? Nous prîmes alors conscience de l’importance des petites choses, de l’invisible, de l’amour véritable, de l’amitié mutuelle, du sens que l’on souhaite donner à notre vie. Nous découvrîmes qu’entre quatre murs, nous étions amenés à nous apprivoiser à nouveau, à nous-même, et à ceux qui nous accompagnent. En même temps que nous étouffions nos instincts sauvages, empreints d’individualisme et pétris de soif de liberté, nous nous perçûmes pourtant nécessiteux de nous accepter et communiquer les uns avec les autres, dans une réciprocité respectueuse et patiente.

Nous n’aspirions qu’à une chose après toutes ces rencontres, ces prises de conscience, ces joies et ces déceptions, ces questions en suspens… Retrouver notre fleur, sur notre planète que nous avions laissée… Autrement dit, nous souhaitions plus que tout, après cette longue traversée, reprendre la vie là où nous l’avions laissée, et baigner d’amour nos biens les plus précieux, ceux qui nous étaient apparus comme essentiels, et dont nous avions été contraints de nous éloigner, en prenant de la hauteur, afin de mieux les appréhender.

Ce temps de latence fut une chance offerte de retrouver notre enfant intérieur, notre Petit Prince à nous, de le laisser s’épanouir et grandir pour nous guider dans ce cheminement lent et fastidieux, en nous aidant par son innocence, son courage, sa sagesse.

Mais ceci n’irait pas sans un sacrifice. Pour revenir à cette vie « normale », il nous faudrait accepter la morsure programmée du Serpent, qui emporterait notre Petit Prince comme il était venu, pour le renvoyer vers son essentiel à lui. Chacun retrouverait sa place et sa voie avec un peu plus de clairvoyance et d’assurance. Chacun aurait appris un peu plus sur soi et sur les autres. Mais nous n’oublierions plus jamais d’écouter cette petite voix, minuscule, en nous, qu’un jour nous avions fini par entendre, dans le silence d’un désert offert tel un présent.

1 commentaire

  1. Nicolaï a dit :

    Je me suis arrêté de grandir à 16 ans…j’ai 16 ans et j’ai toujours ce regard quand, à 8 ans, veille d’un 1er de l’an, je contemplais mes grand-parents maternels et paternels réunis, en me disant : un jour, ils me quitteront. « Grand est celui qui garde une âme d’enfant » Blaise Pascal

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